On m’a dit …


Humeurs, Non classé / lundi, août 26th, 2019

Depuis toujours, ON m’a dit beaucoup de choses (et principalement des critiques). Comme si ON me connaissait mieux que moi même…

En école primaire, on m’a dit que je ne tenais pas en place. On m’a dit, devant tous mes camarades, que si je gigotais autant sur ma chaise c’est que je devais avoir des vers (la honte devant 30 mioches immatures). On m’a dit que j’étais un problème.

ON m’a dit que je ne savais pas apprendre, que je n’avais pas les bases. Et on me l’a répété jusque tard dans mes études, mais personne n’a jamais essayé d’y remédier. Comme si le simple fait d’établir ce constat suffisait à ces ON pour considérer qu’ils avaient fait leur travail.

ON m’a dit que je n’arriverai à rien. ON m’a dit que j’étais trop dissipée pour faire des études et réussir dans la vie. Et ON s’est bien planté !

ON m’a plusieurs fois fait comprendre que je gênais avec mes questions. ON m’a laissée répondre quand personne n’y arrivait, et ON m’a volontairement ignorée le reste du temps, sous-disant pour laisser aussi la place aux autres. ON m’a fait me sentir exclue.

Au collège, ON m’a dit que j’étais très petite. Au lycée, le jour de mon entrée en seconde, ON m’a dit que le collège ce n’était pas ici, qu’on était dans un lycée !

ON m’a dit que j’avais les hanches trop larges pour espérer percer dans la danse. ON m’a aussi dit que j’étais trop jeune pour avoir la première place sur le podium. Non pas que je ne la mérite pas, mais j’étais juste trop jeune. A posteriori, je me dit que ON n’avait peut être pas le courage de ses opinions ou de me dire clairement que je n’avais pas encore le niveau… ou les hanches trop larges 😉

Et puis un jour, ON m’a dit que je devrais tenter ma chance dans telle compagnie, parce que j’ai tout ce qu’il faut : le physique, la technique et le style. Et ON m’a fait beaucoup de bien même si le mal avait déjà été fait.

ON a fait que je ne me suis jamais sentie à la hauteur. ON m’a paramétrée à avoir toujours un regard critique et dur sur moi-même. Au point que dans les moments difficiles, j’ai arrêté de manger pour atteindre avec jouissance cette perfection morbide.

Et puis ma maman m’a remis les idées en place. Et ON a repris les choses en main.

ON m’a dit bien des bêtises, mais j’avais la chance d’avoir une famille derrière moi. Alors j’ai essayé d’avancer sans me soucier des autres, aussi blessants soient-ils.

Contrairement aux prédictions de mes professeurs plus ou moins stupides (mais ON ne leur en veut pas), j’ai plutôt bien réussi. Je suis entrée dans une école où ON m’a permis de comprendre que je pouvais faire partie d’un TOUT qui me dépasse et dans lequel j’avais ma place.

ON a bien entendu continué à me faire des remarques déplacées et à me juger. Mais j’ai compris que c’était notre lot quotidien à tous et que moi-même je pouvais inconsciemment être ce ON qui dit des choses blessantes sans le savoir, juste par inattention…

ON m’a appris à tracer mon chemin sans y prêter attention. ON m’a appris à limiter les dégâts occasionnés par les remarques et les jugements. Et lorsque j’ai réussi à ne plus me voir seulement à travers le regard des autres, j’ai rencontré la seule personne dont le regard compterait pour toujours. Et dans SON regard, je suis bien. Dans SON regard, il n’y a pas de jugement, pas de méchanceté. C’était tellement nouveau que j’ai mis du temps à ne pas lui prêter des critiques qu’il n’avait pas.

ON m’a tellement paramétrée, depuis petite fille, à me voir dans le regard des autres et selon des dictas (une fille doit être jolie, douce, pas trop agitée et bien coiffée, une fille qui aime casser des cailloux et jouer à l’archéologue dans le jardin c’est une fille bizarre, …) qu’il m’a fallu de nombreuses années sous SON regard pour commencer à être bienveillante avec moi même. J’apprends encore aujourd’hui à être douce avec ce corps qui me soutient depuis le début. J’ai été très dure avec lui, le contraignant dans un art rigoureux et stricte, toujours animée par une quête de la perfection. A présent je me rends compte de tout ce qu’il a fait pour moi ce corps. Et ce qu’il fait encore aujourd’hui.

Si je n’apprends la bienveillance que depuis quelques années, ça devrait pourtant être un enseignement de base. Quelque chose que l’on apprend dès le plus jeune age, car ça me semble être la clé pour vivre mieux ensemble.

Avec plus de bienveillance, nous arrêterions de nous juger et de nous blesser. Nous n’aurions pas peur de l’étranger ou de celui qui pense différemment. Des filles et des garçons d’aujourd’hui, nous ferions des personnes bien dans leur tête, animées de passions sincères et non en quête d’une stupide perfection. Nous serions des individus capables d’apprendre de nos erreurs sans être paralysés par la peur de l’échec. Bref, avec plus de bienveillance, le monde serait meilleur.

Aujourd’hui encore, je fais face à ce ON. Et rien n’est pire que la grossesse et la parentalité. Il semblerait que dans ces deux cas, le monde entier se donne le droit de vous juger et de se mêler de votre vie.

ON m’a donc dit que j’allais galérer à accoucher ( et bien d’autres horreurs). ON m’a dit que je ne supporterai pas de dormir avec mon bébé jusqu’à ses 6 mois. A 14 mois, il est encore dans notre chambre et ça se passe très bien.

ON m’a demandé si j’allais allaiter. ON m’a dit que c’était bien. Puis on m’a dit “mais tu l’allaites encore ?” ou “et tu vas l’allaiter jusqu’à quand ? “. Et puis on m’a dit “c’est ton choix!”. Certes, mais c’est avant tout ce qu’il y a de meilleur pour un bébé et surtout, on oublie que c’est l’allaitement qui devrait être la norme, pas le biberon. Alors il faudrait peut être arrêter de me donner l’impression d’être une tordue écolo, non ?

ON m’a dit que j’allais galérer à tout gérer. Ça va merci, je crois qu’on s’en sort plutôt bien…

ON m’a dit que j’étais folle de donner des morceaux à mon fils et qu’on commençait toujours par des purées. RDV sur le site de santé Canada pour découvrir la DME !

ON m’a dit qu’il fallait que je lui donne des purées pour lui apprendre à manger en société avec des couverts. Encore une fois, RDV sur le site de santé canada concernant la DME !

ON m’a dit “tu verras, tu ne vas plus dormir… de toutes façons, tant qu’il est allaité, il ne fera pas ses nuits”.

Vous l’aurez compris, ON continue à me dire tout un tas de choses de manière plus ou moins attentionnée et gentille. En faisant cet article, je me rends compte du ridicule de tout ça et je regrette de ne pas avoir compris plus tôt à ignorer les jugements, les mots blessants et les a priori. Si seulement je pouvais écrire quelques mots à mon moi d’il y a 12 ans. Je lui dirais de suivre ses tripes. Qu’au fond, elle sait.

Maintenant, j’essaie de tirer le positif de tout cela. Je me dis que ces ON ont quelque part forgé la personne têtue que je suis aujourd’hui. Bien qu’à mon sens, j’aurais pu le devenir par moi même et sans toutes ces remarques.

Mais on ne refait pas le passé…

Par contre, ON peut essayer de se focaliser sur les belles rencontres, les mots gentils et l’amour qui nous est donnée chaque jour…Par ce que cet article montre bien qu’on retient toujours plus les propos blessants que les compliments, alors que ce n’est pas l’ordre des choses.

Et vous, il est comment ON ?

Alice.

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