Portrait : Les secrets de Muriel


Bonnes adresses, Humeurs, Lifestyle, Non classé / jeudi, février 28th, 2019

Depuis plusieurs mois, je dois vous avouer que ma situation professionnelle a été assez mouvementée et il m’a fallu envisager l’avenir sous un nouvel angle : celui de l’incertitude. Aujourd’hui, tout semble se stabiliser mais ces événements ont eu le chic de générer en moi une remise en question complète de mon parcours. Je pense que la situation n’a fait que mettre à jour des questions qui se posaient dans ma tête mais que je refoulais systématiquement par confort. Il n’est pas vivable de passer son temps à tout remettre en cause. Alors je préférais ne pas faire face et ranger ces questions dans un coin de ma tête, sous un tas de bazar pour surtout ne pas y penser.

Mais voilà que depuis plusieurs mois, elles s’imposent à moi avec insistance : est-ce que je prends plaisir à faire ce métier ? Pourquoi et comment j’en suis arrivée là ? Qu’est-ce que j’aimerai faire dans un monde idéal et sans limite, un monde où tout est possible ? Est-ce réaliste de s’imaginer mener une autre carrière, se reconvertir ?

Avec l’arrivée de Mini-Loup, je me suis aussi posé beaucoup de questions sur notre équilibre entre vie professionnelle et vie personnelle. Pourquoi s’acharner dans un travail qui, s’il ne nous anime pas, ramène au moins des sous, quand nous n’avons pas le temps de profiter de notre bébé qui grandit trop vite. Lui n’a besoin que de nous, pas de nos sous. Mais avoir suffisamment de ressources c’est aussi s’assurer qu’il aura le choix de ce qu’il veut faire plus tard. C’est sécuriser son avenir.  C’est aussi se donner la chance d’acheter un chez-nous, de faire des voyages. Comment choisir ? Doit-on choisir ?

Bref, mon cerveau bouillonne de questions, de remises en cause, d’envies, de rêves et de raison. Un joyeux bordel si vous voulez mon avis. Et pourtant, je le laisse vivre ce bordel. Je me dis qu’il y a une finalité à tout ça, que je dois creuser et que ça en vaut la peine.

Quand je me projette, c’est dans un travail manuel. Ce qui est bien loin de mon travail de bureau. Je me vois aussi gérer mon entreprise, mais ce n’est pas toujours compatible avec une vie de famille, qui plus est quand on n’aspire qu’à profiter de son enfant et à en faire quelques autres.

Si vous me demandez aujourd’hui le métier que j’aimerais faire, en faisant abstraction de ma famille, des horaires, etc., je vous répondrais « pâtissière » (puis ensuite archéologue, peintre, présidente et chanteuse 😉 ). Ceux qui connaissent mon amour des desserts doivent s’en douter. Pourtant, je suis ingénieure. Loin de la chantilly tout ça… mais changer de carrière et se réinventer, c’est un processus long.

La peur du changement et de se planter est constamment là. Se reconvertir exige de dépasser cette peur. J’en ai conscience mais je ne sais pas encore si j’en suis capable.

Au milieu de toutes ces remises en question et de ces envies de pâtisserie, je me suis dit que le moment était parfaitement choisi pour vous présenter Muriel.


Muriel est une amie d’une amie (coucou Coralie !) que j’ai rencontrée à l’occasion de mon EVJF. Elle est venue animer un atelier pâtisserie dans une superbe maison que mes amies et sœurs avaient réservée pour l’occasion. Le moment était assez surréaliste, figé dans le temps et dans la neige qui était tombée toute la nuit.

Avec Muriel, nous avons découvert et réalisé trois recettes délicieuses : des macarons au chocolat, une pâte à tartiner (qui déboite), et des tartelettes aux poires.

En discutant avec elle, j’ai découvert une femme au parcours inspirant, animer par une passion profonde pour l’art de la pâtisserie.

Durant cet après-midi passé ensemble, nous sommes régalées, que ce soit avec les pâtisseries ou dans les moments ensemble. Muriel est une personne si passionnée et pédagogue et patiente et souriante et chaleureuse… Bref, vous aurez compris, je suis une fan.

Depuis que j’ai créé Blooming Peonies, j’ai eu envie de vous parler d’elle dans une section « les gens inspirants ». Alors allons-y !


 Bonjour Muriel, d’abord, merci à toi de te prêter au jeu de la petite interview, je sais que tu es très prise en ce moment et que tu as plein de projets en cours ! Pour commencer, pourrais-tu te présenter? Qui tu es, ton parcours …

Bonjour Alice, je suis ravie et touchée que tu m’ai choisi pour parler de cette passion qui m’a prise toute petite.

J’ai grandis en Auvergne, avec des parents et grands-parents épicuriens. On est très gourmands dans la famille ! C’est en 3 ème que j’ai découvert que la pâtisserie était un métier lors d’un stage chez le traiteur de ma grand-mère à Montluçon. J’étais émerveillée ! Je me levais à 5h du matin avec l’odeur
des croissants.

En fait, j’adorais déjà pâtisser, créer des desserts à la maison dès que j’avais du temps. Mais c’est ce stage qui m’a permis de prendre conscience que c’était un métier ! Avant je voulais être fleuriste ou couturière…

Je me suis ensuite dirigée vers un lycée hôtelier à Chamalières où j’ai obtenu un Bac hôtelier avec mention Très Bien ! Comme quoi, quand ça nous plait, tout est possible. J’ai fait de très beaux stages dans des étoilés et à chaque fois j’arrivais à rester en pâtisserie alors que j’étais censée faire un peu de cuisine…

Après un stage de 4 mois au Saint-James à Bordeaux, j’ai eu envie de passer à la vitesse supérieure en passant mon CAP. Ironique ? Non, c’est le meilleur moyen d’apprendre le métier !

Je suis donc arrivée à Yssingeaux pour étudier à l’Ecole Nationale Supérieur de la Pâtisserie (ENSP) dirigée par Alain Ducasse et Yves Thuries. J’ai fini major de promo !

Un petit aperçu de la pâtisserie éphémère créée par Muriel à Paris et dont les bénéfices ont été entièrement reversés à l’association Médias Handicaps.

Mais j’avais encore soif, alors je suis partie faire un CAP chocolatier dans le sud, chez Christian Camprini, Meilleur Ouvrier de France (MOF) chocolatier. Quel chef ! Il m’a donné l’amour des bons produits de saison. Ah les citrons de Menton …

Je suis ensuite retournée à l’ENSP pour travailler en tant qu’assistante des stages professionnels, le TGV de l’apprentissage ! On assiste à tous les stages des MOF et champions du monde de la pâtisserie.

Et puis, j’ai eu envie de voyager… Je suis alors partie prendre ma première place de Cheffe dans un restaurant semi-gastronomique à Montréal : l’Auberge Saint-Gabriel. C’était une expérience très enrichissante.

De retour en France, je suis arrivée à Paris où j’ai pris un poste dans la pâtisserie fine “Des Gâteaux et du pain”. Ici, que des fruits frais et de saison !

Puis j’ai eu la chance d’intégrer la brigade du Palace “Le Péninsula” aux côtés du talentueux Julien Alvarez (maintenant chef au Bristol). Une de mes plus belles expériences professionnelles et humaines.

En 2017, avide d’aventure, j’ai participé au meilleur pâtissier, les professionnels sur M6. Nous sommes arrivés en finale et ce fut une très belle expérience qui m’a donné l’énergie de penser mon métier autrement, avec des valeurs qui me sont propres. C’est à ce moment que j’ai décidé de partager mon métier à travers des vidéos de pâtisserie sur YouTube et des formations professionnelles.


Qu’est ce qui te plait dans ton métier et dans l’art exigent de la pâtisserie ?

C’est un métier qui met tous nos sens en éveil, on apprends et on découvre constamment. La pâtisserie a cela de magique qu’elle fait appel à notre sensibilité, et dieu sait que je suis sensible !


Parmi toutes tes années de formation, lesquelles as-tu préférées ?

Sans hésiter, le Péninsula aux côtés de Julien Alvarez, Jimmy Mornet et toute la formidable équipe qui m’entourait. Mais mon apprentissage auprès de Christian Camprini m’a aussi beaucoup inspirée !


J’ai pu lire que tu avais été accompagnée par de grands noms, peux-tu nous en dire plus ? Que t’ont-ils apporté ?

A l’ENSP, on rencontrait sans cesse de grands professionnels notamment Angelo Musa, MOF pâtissier, passionnant et profondément humain, Pierre Mirgalet, MOF Chocolatier. Il y a aussi Christian Camprini qui m’a apporté technique et connaissance des produits de qualité. Jean Lachenal, chef pâtissier chez Lasserre m’a aussi énormément appris. C’est un grand technicien et créatif qui mériterait d’être plus connu. Et puis il y a Julien Alvarez qui m’a beaucoup marquée par son humanité et son professionnalisme…

Bref, il y en a beaucoup trop pour pouvoir choisir et chaque rencontre que je fais dans le métier me nourrit de quelque chose de nouveau.


Tu es jeune et ton parcours est déjà très riche. Dirais–tu que c’est ta capacité à saisir les bonnes opportunités au bon moment ?

Oui, j’avais soif d’apprendre et dans de belles entreprises ! L’ENSP a été un beau tremplin. La pâtisserie, c’est une grande famille et j’ai sûrement
eu une bonne étoile qui m’a toujours amenée vers des expériences très enrichissantes. Il faut travailler beaucoup, montrer qu’on en veut et le reste suit…


De toutes tes expériences, qu’est ce qui a été le plus déstabilisant pour toi ? Qu’est ce qui t’a sortie de ta zone de confort ?

C’est un métier passionnant mais aussi très dur parfois. Comme dans tous les milieux exigeants, certains chefs sont assez agressifs ou blessants. Ça peut faire très mal… C’est ce qui m’a donné envie de créer ma propre marque, pour choisir les personnes avec qui je souhaite travailler.


Concernant ta participation à l’émission « le meilleur pâtissier, les professionnels » sur m6, peux-tu nous en dire un peu plus : comment l’opportunité s’est-elle présentée à toi, comment as-tu régi, qu’est-ce que tu en as retiré ?

J’étais dans le fond de mon lit, à 23h, quand Marine, une ancienne collègue, m’a proposé de participer à ses côtés. Au début j’ai dit non, la télé très peu pour moi, trop exposée par rapport au métier… Et puis c’était une période particulière, ça ne se passait pas très bien au boulot. J’avais besoin de changer d’air, de challenge et d’aventure ! Une heure après, je l’a rappelais pour lui dire “en fait, grave ! Je te suis !”.

J’ai adoré cette aventure dans sa totalité ! La création des recettes, les tournages, les gens, la diffusion, les jurys de grands professionnels que je respecte. C’était dur et stressant, mais je suis fière de l’avoir fait ! Et ça m’a permis de penser ma carrière autrement.


Quelques mois après cette émission, tu as décidé de quitter ton poste au Peninsula pour te lancer solo avec une chaine Youtube « Les secrets de Muriel ». Quel a été le déclic s’il y a en a eu ? Est-ce que tu as eu la trouille au moment de te lancer et comment as-tu dépassé cette peur ?

A vrai dire, l’enchaînement c’est un peu fait par hasard. J’étais perdue, je n’avais plus envie de subir la pression de mon métier mais j’étais en plein dilemme, parce que justement je l’aime ce métier.

Et un jour, ma coiffeuse m’a glissé “Muriel, il faut que tu te lances sur YouTube, c’est fait pour toi !”. Même réaction que pour l’émission de m6 : “Non trop peu pour moi, c’est pas pour les pros…”. Et puis une heure après : “Mais en fait, pourquoi pas. C’est ma vie, je la vis comme je veux !”. Bien sûr j’ai eu des doutes, mais pas tant que ça. J’ai partout cherché des infos, des conseils, et à ma grande surprise, tout le monde était au taquet pour m’aider !


Aujourd’hui, tu nous gâtes avec de superbes vidéos sur Youtube. Tu arrives à expliquer très simplement des recettes qui nous paraissent à première vue ultra compliquées. Etape par étape, tu nous amènes à réaliser une pâtisserie qui nous semblait hors de portée. Comment conçois-tu et prépares tu ces vidéos et les recettes associées ?

On ne voit pas tout le travail que ça représente, mais j’y mets beaucoup de rigueur et de cœur ! Je teste mes recettes plusieurs fois, je cherche le conseil intéressant, celui qui vous permettra de réussir et de comprendre pourquoi. Je suis comme ça au quotidien donc ça me semblait essentiel !

Côté tournage et montage, j’ai la chance d’avoir rencontré Thierry de ThimeStudio qui m’épaule pour la partie vidéo, car j’avais tout à apprendre !


A présent, comment vois-tu l’avenir ? Quels sont tes projets à court et plus long termes ?

Ah… l‘avenir ! Une inconnue constante dans ma vie et ça me plait. Je crois beaucoup au destin et pour l’instant, il me gâte. Je suis ouverte aux opportunités, j’adore les nouvelles aventures, les challenges,… Je vais créer des vidéos avec 750g, je fais des démos, des formations, …

Mais je l’avoue, j’ai des envie de grand-écran parfois… affaire à suivre !


Enfin et pour conclure, qu’aimerais-tu dire à celles et ceux qui n’osent pas se lancer ?

C’est sûr rien ne nous dit que ça marchera, mais si un challenge ou une aventure vous habite, il faut foncer ! Je n’ai jamais était aussi heureuse, même si ma banquière se ronge les ongles. Il faut tout de même être rigoureux, analyser les éléments. Etre entouré par des personnes motivantes et bienveillantes c’est mieux.

Se lancer comme ça, c’est beaucoup de travail mais en même temps c’est une passion donc je n’ai pas toujours l’impression de bosser 😉


PS : un indice sur le sujet gourmand de ta prochaine vidéo ?

Ma prochaine vidéo… Si ça sort avant jeudi, il y a du caramel dans l’air, une recette d’Antan qui a bien sa place dans les bistrots. Ah, et je la préfère avec de la crème épaisse ! :p


Merci beaucoup Muriel d’avoir pris le temps de me répondre ! J’espère bientôt trouver le temps de faire ta recette des Cornets de Murat et j’ai hâte de découvrir tes prochaines vidéos !

Belle fin de journée,

Alice.

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