Refaire le monde – Episode 1

Hier soir, après que Mini-loup ait été couché, je me suis octroyé un petit moment pour souffler pendant que mon mari regardait des vidéos de parapente. Et je suis tombée, un peu par hasard, sur le témoignage de Laura Calu, une humoriste française, qui nous racontait sa récente agression et l’absence totale de prise en charge dont elle avait « fait l’objet » avec son conjoint en très mauvais état physique et psychologique.

Ce témoignage a fait monter en moi une colère inouïe, beaucoup de tristesse et aussi énormément d’inquiétude pour le futur.

Me voyant déconfite devant mon téléphone, Monsieur l’amoureux m’a demandé ce que je regardais. De ce qu’il entendait, ça avait l’air triste.

Alors je lui ai raconté et j’ai commencé à mettre des mots sur ce que je ressentais.

D’abord, j’étais en colère de voir que des gens qui vivent dans un quartier parisien que l’on qualifie de « populaire », par choix, et par envie de montrer que l’on peut tous vivre ensemble et en paix, subissent ce genre d’attaque. Mais je sais que c’est le lot de tant de personnes. Nous avons la chance d’avoir les moyens de vivre dans un quartier tranquille, et notre mode de vie nous préserve un peu. Mais je sens de plus en plus le monde glisser vers une fracture entre les gens qui seront assez riches pour se protéger, et les autres qui ne pourront que subir…

Ensuite, l’origine de cette agression est si commune, si courante pour tant de femme. Quand on voit le déferlement de violence dont son conjoint a fait l’objet alors qu’il s’interposait, je me pose vraiment des questions sur notre capacité, en tant qu’être humain, à réagir de manière mesurée et responsable.

Et pour finir, j’étais terriblement en colère de voir de quelle manière ils ont été livrés à eux même par la police, les pompiers, les hôpitaux. Je crois que l’on paie enfin les prix des reformes successives de la fonction publique hospitalière notamment.

Je ne tiens pas à parler plus que ça de l’histoire de cette femme et de son conjoint, mais tout cela nous a fait nous poser beaucoup de questions.

Non, en fait, les questions, nous nous les posions déjà, mais pour une n-ième fois, nous avons eu besoin d’en parler ensemble et de refaire le monde pendant quelques instants à deux qui se font rares en ce moment.

D’abord, nous nous sommes demandé s’il y avait effectivement plus de violence dans notre monde ou si c’est simplement le fait que l’on grandisse et que les réseaux et les médias nous permettent d’avoir connaissance et conscience de cette violence.

Est ce que, si je me déplaçais dans la rue en 1960, en 1980 je me ferais autant enquiquiner qu’aujourd’hui ? Est ce que les gens étaient déjà si violents ?

En repensant aux nombreux conflits menés par la race humaine depuis des siècles, nous nous sommes dit que c’était probablement la violence qui était devenue plus visible, pas forcément les hommes qui étaient devenus plus violents… Mais je ne sais pas…

Ensuite, impossible de ne pas tomber dans le sujet politique de la dégradation du service publique. Et sur ce point, nous sommes tous les deux d’accord sur le fait que la réponse aux maux de notre société ne se trouve pas dans la classe politique, ni dans la république dysfonctionnante de notre siècle, mais dans l’initiative de chacun en tant qu’être humain partageant cette planète. Nous croyons de plus en plus en la capacité de chaque personne à changer les choses par ses actes et par le développement d’initiatives collectives. Ce n’est pas une réponse à tout , il n’y en a pas (c’est pas le monde de oui-oui ici), mais je pense que les gens seront la source des changements qu’ils veulent voir opérés.

Enfin, nous avons essayé ensemble de désamorcer la peur que ce récit avait fait remonté en nous par rapport à Mini-Loup. Comment faire pour ne pas qu’il subisse cette violence, comment faire pour éviter de recevoir un jour un coup de fil nous disant que notre fils est à l’hôpital pour une agression, un accident de voiture, ou pire…

Nous sommes tous les deux d’accord sur le fait que ce n’est pas en le mettant dans un cocon imperméable qu’on pourra le protéger. Mais c’est en lui expliquant, en lui donnant les armes intellectuelles pour faire face à cette violence. C’est en faisant de lui un adulte responsable, capable de refuser qu’on le ramène en voiture avec un conducteur alcoolisé, capable de mesurer le risque. Mais je me dis que j’aimerais aussi qu’il devienne cette homme qui s’interpose quand il constate qu’une fille se fait agresser dans le métro ou dans la rue. Mon cœur et mon corps se serrent à l’idée qu’en faisant de lui une belle personne, il devienne justement le sujet facile d’une violence qui me glace.

Depuis que Mini-Loup est avec nous, nous nous efforçons de faire de notre mieux, de chercher l’information, de faire des choix éclairés et en toutes connaissances de causes quand il s’agit de l’accompagner dans la vie. Le maternage, le dialogue, l’écoute, la discipline positive, l’éducation anti VEO sont pour moi une partie des réponses. Oui, parce que c’est en éduquant un enfant par la violence qu’on en fait un être violent. Il me semble urgent de mettre un terme à ce système pseudo « éducatif ». Et pour répondre aux « bah moi, mes parents m’ont bien mis des fessés et des claques, je n’en suis pas mort », je répondrais que mon objectif n’est pas que mon enfant SURVIVE à l’éducation que nous lui apportons, mais plutôt d’en faire un adulte bien dans ses baskets,…

Nous ferons de notre mieux pour que Mini-Loup, quand il deviendra Loup, soit un bel être humain. Mais nous ne pourrons pas tout combattre et porter tous les défauts du monde sur nos épaules… Je croise donc les doigts pour que sa bonne étoile ne se repose pas trop sur ses lauriers et continue à veiller sur lui autant que je le fais.

Belle journée,

Alice.

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